CODEVI

Comité de défense de Villiers-sur-Marne et de ses habitants

TEMOIGNAGE : l’incroyable odyssée d’un villiérain contaminé COVID 19

Nous l’appellerons Christian, il a une quarantaine d’années, il a été contaminé par le COVID il y a environ trois semaines. Il nous raconte son expérience et notamment les difficultés qu’il a rencontré pour se faire tester à Villiers, ses démarches administratives, ses multiples symptômes, ses relations au travail… Un témoignage incontournable

 » Bon ! Je me lance. Ayant chopé la Covid-19, j’aimerais vous partager mon expérience personnelle, juste pour vous expliquer comment cela se passe, dédramatiser un peu, m’étonner, mais surtout vous informer.

Tout a commencé pour moi par le nez qui coulait, pendant plusieurs jours et de façon très significative. Détail peu élégant mais… c’était le Niagara, je n’avais jamais connu ça. Et puis, au bout de quelques jours, une fatigue intense : le temps d’un week-end, j’ai dormi 24 heures sur 36h.

J’en parle à ma famille qui me demande de vérifier si j’ai encore le goût et l’odorat et je constate que non. Sensation curieuse car les aliments ne se définissent plus que par leur texture. On s’interroge alors sur chaque aliment « est-il bien cuit, est-il périmé ? ». Dans le doute, on jette un peu plus que d’habitude. Cependant tous les goûts n’ont pas complètement disparu, on sent de vagues arômes parfois, surtout les épices et le sel. Mais cela reste très peu.

Je consulte alors immédiatement sur la plateforme Qare, qui permet de rencontrer des médecins en ligne. Et là je découvre un site extrêmement bien fait, avec prise de RDV à n’importe quel moment du week-end, médecin à l’écoute, transmission des ordonnances en PDF, etc. Je suis bluffé. Je vous le recommande surtout qu’en ce moment c’est remboursé par la sécurité sociale.

Cliquez sur ce lien pour vous connecter à QARE

Sans trop de surprise, je me retrouve avec ma PCR à faire en urgence et là c’est le parcours du combattant. Je vais dans un labo (à Noisy) à 7h du mat, je vois une queue interminable que, fort heureusement je court-circuite, afin d’aller poser la question « est-ce que je peux passer une PCR et quelle est la procédure ». On me répond très gentiment qu’il est bien trop tard actuellement, que le labo ouvre à 6h30 mais que si je veux avoir une chance d’avoir l’un des 60 tests quotidiens, je dois venir à 6h du matin et m’attendre à 4 heures de queue ensuite pour passer le test. Ok, raté pour cette fois.  

J’abandonne et remets au lendemain. N’étant pas contrôlé positif mon patron me demande de venir travailler dans un cadre d’isolement. Un peu dans l’urgence, en parallèle, ma mère me trouve un RDV (à Villiers) chez un infirmier le lendemain.

Le RDV chez l’infirmier se passe très bien. La prise de l’échantillon est désagréable mais je m’attendais à pire. Ils doivent quand même aller racler au fond et je me retrouve les larmes aux yeux, pas de douleur mais parce que c’est le nez.

Retour au travail. Je me sens, dans l’ensemble plutôt, bien.

Quelques jours plus tard, alors que j’arrive en bus (j’ai 2h30 de bus par jour) à mon travail, j’ouvre un mail « je suis positif ». Bon, vu que je suis à 30 cm de mon bureau, j’y vais pour prendre mes affaires et informer mes collègues et pour téléphoner à mon patron. Immédiatement, c’est le vide autour de moi sur place, logique, et j’entends même hurler d’un étage à l’autre une voix en panique me disant de dégager. Je m’exécute, la panique ça se discute pas. Peu de temps après le même collègue m’appelle pour s’excuser et aussi me demander des explications « Pourquoi t’es venu en étant positif ? Pourquoi tu es venu en ayant des doutes ? … » et bien légalement je n’ai aucun droit à ne pas venir travailler sur une simple suspicion (logique) et vu que je risque d’être immobilisé et que je suis déjà sur place, autant que je prenne 2/3 affaires.

Je rentre chez moi, discussions avec mon patron qui me demande de lui envoyer mon arrêt de travail. Sauf que je n’en ai pas. Du coup, j’appelle mon médecin traitant et là, pas de RDV, pas de visite médicale, rien. Juste arrêt d’urgence. Pas de médication non plus. Je fais une forme légère, donc aucune inquiétude, mais on sent que le monde est en panique autour de soi. Il y a un décalage entre ce que je ressens, ce que le monde exprime et l’absence complète de médication.

Avec le recul, je me dis qu’être sérieusement malade dans un environnement aussi anxiogène ne peut que traumatiser le patient qui se sent déjà menacé.

Bref, j’envoie mon arrêt sauf que le médecin a marqué « Prolongation d’arrêt » et là, immédiatement, retour suspicieux au travail. Je sens que l’on se demande si je suis un criminel qui est venu bosser en arrêt. C’est d’ailleurs assez curieux ce mélange de pression douce patronale pour que tu viennes mais de culpabilisation si tu viens en étant malade…

Je fais corriger mon ordonnance et le travail me saute dessus pour savoir si j’ai bien déclaré mes cas contacts ? La encore je ressens que je suis fautif… Sauf que personne ne m’a rien demandé. Du coup, je redérange mon médecin qui me dit que ça va venir. Une heure plus tard, je me fais appeler par un centre de suivi et on s’échange mes cas contacts. Étant très prudent, ne voyant personne, cela va vite sauf sur quelques collègues. Je sens d’ailleurs mes collègues sur les nerfs, je suis un peu « coupable ». Fort heureusement, tout le monde se reconnaît à dire que si UNE personne dans la boite prenait ses précautions pour les autres c’est bien moi. Forcément, vu que je prends le bus, je sais que je suis à risque. Ironiquement, mon collègue de bureau qui fait des soirées en tant que DJ, lui ne prend aucune précaution. Il n’a pas attrapé la Covid mais je pense qu’il l’aurait méchamment payé socialement sinon.

Donc, je déclare mes cas. Et là … je me rends compte que les définitions varient. Mon médecin m’en donne une, les gens de la plateforme d’appel Covid m’en donnent une autre, le site du gouvernement m’en donne une autre, on fait doucement pression sur moi aussi dans un sens ou dans un autre soit pour être déclaré cas contact et faire les tests, soit pour ne pas l’être. Au milieu de tout ça, je suis paumé. Dans le doute, je déclare les rares personnes avec qui j’ai passé plusieurs heures enfermé, en portant un masque. Par contre, le bus, c’est non : ce n’est pas considéré comme cas contact… sachant que j’ai 90% de chance de l’avoir attrapé dans le bus vu que je n’ai eu aucun autre rapport humain entre le bus, le travail et l’alimentaire.

Quelques heures plus tard, je reçois un sms disant qu’une plateforme spéciale gouvernementale est mise en place pour mon suivi. Code spécial avec chiffrement et tout, ça rigole pas la santé mais c’est rassurant : on sent qu’on est suivi quand même.

Je remplis mes trucs et je découvre que j ‘ai le droit par dotation gouvernementale à 30 masques en tant que personne atteinte par la Covid (Youpi !). Chaque jour je dois remplir une fiche de suivi pour indiquer mon état et son éventuelle aggravation.

Arrivé au soir je m’interroge : je suis en arrêt mais je n’ai pas vu un seul médecin, tout s’est fait à distance. Si j’avais affabulé, se serait-il passé la même chose ? Je présume que non, mes tests PCR ont certainement été envoyés à mon médecin.

Je sens clairement par les avis médicaux que je dois rester aussi isolé que possible : pas de contact humain, ne pas aller faire les courses, etc. Bon, je vais regarder seul au monde sur Netflix pour me mettre dans l’ambiance.

Puis c’est la maladie en elle même, dans mon cas, une Covid-19 légère. C’est très brouillon comme maladie, car vous n’avez jamais tout en même temps. Vous avez une sorte de grand chapeau avec tous les symptômes et chaque demi journée/heure vous en tirez de 2 à 4, de gravité variable. Dans mon cas ils sont légers, chez d’autres probablement plus lourds et j’imagine bien à quel point cela doit devenir angoissant même s’il y a des jours où tout va bien :

 Je vous les liste :

  • Toux,
  • État fiévreux articulaire (Je ne fais jamais de fièvre mais je ressens cet état comme un mal être articulaire, c’est difficile à décrire),
  • Perte du goût (4 jours),
  • Perte de l’odorat (compliqué à estimer chez moi vu que je fais des rhinites allergiques),
  • Ganglions,
  • Oreilles qui pulsent,
  • Légers vertiges,
  • Frissons / hypothermie,
  • Palais extrêmement sec,
  • Nez qui coule,
  • Gorge irritée,
  • Estomac vaguement dérangé,
  • Faiblesse respiratoire (test du médecin : bloquez votre respiration et comptez les secondes. Je tiens jusqu’à 30, il est rassuré. Je sais que c’est faible chez moi tout de même.)
  • Fatigue extrême et endormissement à n’importe quel moment de la journée,
  • Migraines,
  • Tachycardie,
  • Faim dévorante.

Je reviens sur deux symptômes :

  • La faiblesse respiratoire : pas un problème dans mon cas mais cela doit être très angoissant pour les personnes concernées. Ma solution : l’oxymètre. Ohhhh comme ce petit appareil a changé ma vie ! Vous le mettez au bout du doigt et en quelques secondes vous avez votre taux d’oxygénation et votre rythme cardiaque : pas de piqure, rien, juste un truc au bout du doigt. Quelle tranquillité d’esprit avec mes problèmes respiratoires ! Au lieu d’angoisser au moindre symptôme, je sais que tout va bien et que ma gêne est d’ordre allergique. 

Oxymètre de fréquence cardiaque & Oxygène sanguin – OxyPr

  • L’endormissement : je suis incapable au naturel de me détendre et de me reposer, il faut vraiment que je sois épuisé pour faire une sieste et bien, avec la Covid-19, je pouvais avoir un coup de fatigue extrême à n’importe quel moment de la journée : 10 heure du matin, après les repas, à 16h, à 18h…n’importe quand. Du coup, on dort mais là encore c’est le chaos, parfois c’est pour une demi heure, parfois c’est pour 4 ou 5 heures.

Comme je vis seul, personne n’était là pour s’inquiéter pour moi, mais je présume que la situation doit être angoissante pour les proches.

Les proches : là encore la situation est délicate. Comment concilier interdiction de sortie, sécurité, lutte contre l’isolement des personnes âgées, lien social ? On se voit de loin, chaque transfert d’objet est une raison de stresser, peut être à tort mais qui veut tuer un proche par  insouciance ? On s’interroge quand même : comment font les gens qui vivent avec une personne atteinte de la covid ? On se doute qu’on exagère, qu’on prend trop de précaution mais on continue quand même.

Pendant la semaine, j’ai une courte aggravation des symptômes : pas grand chose, juste des frissons et la sensation d’être gelé. Je le déclare sur ma fiche de suivi. En 15 minute je suis rappelé par une plateforme de suivi. Des gens adorables, inquiets mais raisonnablement, prévenants. Je suis impressionné.

Puis vient la fin de ma première semaine d’isolement, je déclare mon état à mon médecin traitant, je suis prolongé d’une semaine et … l’information ne parvient pas jusqu’à ma plate forme de suivi : plus de fiches à remplir chaque jour. Bon, je vais bien c’est pas dramatique après tout, mais petit raté.

Les jours se suivent avec des hauts et des bas, merci Netflix pour son soutien indéfectible. J’en profite pour vous recommander le Gambit de la Reine, une mini série sur les échecs absolument étonnante par son histoire qui ne nécessite nullement de s’intéresser aux échecs, Ad Vitam ou que se passe-t-il avec nos enfants quand les hommes deviennent immortels, et Better than Us qui s’interroge sur la place des robots dans notre société sur un fond de polar.

On se rend compte aussi qu’avec nos époques de surcommunication, l’isolement n’existe plus vraiment : téléphone portable, facebook, discord. On garde le contact malgré tout. On vit à distance mais sans isolement total.

A la fin de ma seconde semaine, je m’attends à reprendre le travail et là, rechute. Je tousse toute la nuit, impossible de dormir avant 8h du matin. Mon médecin m’informe que je fais une surinfection, un symptôme très courant de la Covid. Antibio pendant une semaine.

Rebelote. Mais tout se passe bien. Mes symptômes restent très supportables malgré la fatigue omniprésente. Je l’interroge aussi pour l’après covid : puis-je repasser une PCR pour rassurer mes collègues et mes proches ? Réponse du médecin : Non, le virus mort reste dans les fosses nasales pendant 2 semaines. Du coup, toutes mes PCR seraient positives même si je ne suis plus contagieux.

Dernier jour avant ma reprise : coup de barre, je fais une sieste de 20h du soir jusqu’à 1h du matin. 5 heures de sieste. Je reprends le travail totalement décalé et crevé mais ça va. je m’interroge tout de même sur ce que donnerait une sieste de 5 heures à mon bureau … 

Au final, ma covid-19 aura été relativement légère mais éprouvante en termes de relations humaines et d’incertitudes. On me partage également un article disant que les personnes atteintes de la Covid-19 développent des formes d’altération de la santé mentale à hauteur de 20% des patients touchés : dépression, anxiété, angoisse et pires encore. Je n’en suis pas surpris, les débuts d’inquiétudes que j’ai ressenties avec une forme légère et un oxymètre pour la tranquillité d’esprit doivent devenir un calvaire lorsque son état dégénère et que les prescriptions médicales restent légères. Une bonne partie de l’épreuve est psychologique. Sans l’oxymètre on se demande à chaque difficulté respiratoire si l’on est en train de mourir ou non, s’il faut surveiller, si tout va bien ?

Voilà, je suis retourné au travail. Les collègues sont relativement paisibles. Pas de vague de panique. Mon patron a fait venir une infirmière pour tester tout le monde, par précaution, et sous la pression des employés d’après ce que j ‘ai compris.

La vie reprend, tout va bien. « 

Pour relire nos précédents articles sur le manque de médecins à Villiers, cliquez ici

  1. Très intéressant témoignage
    Il y a de moins en moins de medecin généralistes à Villiers où il ne fait pas bon être malade
    Tous mes vœux de bon rétablissement à Christian et un grand merci pour son temoignage

  2. Merci pour ce temoignage Effectivement c est une vraie epreuve psy en plus d etre une epreuve phy … tant mieux si au final tout va bien…

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